Publié par J2-Reliance

DSCN6795Nous la fuyons ou en recherchons la bouffée d’adrénaline. Nous y voyons le symbole de l’inefficacité en entreprise ou au contraire un stimulant... L’urgence — littéralement “ce qui presse” — est devenue une marque de notre temps.

Le 16 mars dernier, la section finistérienne de Réseau Entreprendre Bretagne — en collaboration avec l’Université de Bretagne Occidentale et le CHRU de Brest — organisait une réflexion sur ce sujet qui préoccupe nombre d’entrepreneurs.

Il s’agissait d’aller “voir et toucher” des méthodes innovantes, mises en œuvre par des “pros de l’urgence”, afin que les personnes ou les équipes qui se retrouvent en situation de pression et de stress extrêmes apprennent à apprivoiser leurs émotions pour prendre de bonnes décisions. 

  

Simuler les situations d’urgence

DSCN6786rLa pointe du Finistère est en effet… à la pointe de la technologie mise au service de la formation ! Au Centre de simulation en santé — CESIM — de Brest, mais aussi au Centre de formation aéronautique international — ICARE — de Morlaix, ou encore au Centre européen de formation continue maritime — CEFCM — de Concarneau, des simulateurs permettent, selon le cas, à de futurs médecins, pompiers ou sages-femmes, des pilotes d’avion ou des officiers de quart embarqués au milieu de l’océan, de s’exercer sur des cas fictifs qui ont toute l’apparence du réel. 

La visite du CESIM était un des points forts de l’après-midi. S’il existe actuellement cinq ou six centres de simulation médicale en France, le CESIM de Brest est seul à réunir toutes les professions qui concourent aux soins, en formation initiale et continue. Cette démarche particulièrement novatrice est riche d’enseignements qui dépassent largement le secteur de la santé.

 

Quid pour l’entreprise ?

Au-delà de l’intérêt de la découverte de ces techniques étonnantes, l’objectif était — pour les chefs d’entreprise présents — de pousser le parallèle avec leur propre métier.

Le travail du CESIM nous interpellait en effet sur au moins deux points :

Peut-on simuler réellement cette pression que l’on ressent dans les vraies situations d’urgence, ou n’est-ce, somme toute, qu’un jeu ? Et comment peut-on se préparer individuellement mais aussi collectivement à faire face à des situations difficiles ?

Tous, nous nous sommes essayés à la réanimation d’un nouveau-né, à la prise en charge d’un accidenté de la route, à la pose de perfusions… : et là, surprise ! même les “amateurs” que nous étions se sont “pris au jeu” au point de ressentir un véritable stress, celui probablement du professionnel de santé quand urgence rime avec survie. 

La visite était suivie d’un débat. Le point focal de ce débat, co-animé par Gilbert Jaffrelot, Directeur de Réseau Entreprendre Bretagne, et Jacques Arnol-Stéphan de J2-Reliance, était l’intervention du Directeur pédagogique du CESIM Morgan Jaffrelot — qui est aussi médecin urgentiste —. Jean-Louis Marot, chef d’entreprise, lauréat de Réseau Entreprendre, et Nathalie Bouvier, psychologue clinicienne, ont apporté à la réflexion leurs expériences concrètes du terrain.

DSCN6811Les échanges, ont montré que la spécificité du métier s’efface vite derrière les caractéristiques comportementales communes face à l’urgence. Les apports des uns et des autres — notamment la très riche intervention de Morgan Jaffrelot — ont permis d’éclairer bien des questions que les participants se posaient.  En voici les grandes lignes …


Une situation vécue et non un enseignement théorique

La simulation comme méthode pédagogique est beaucoup plus ancienne que ce que l’on imagine généralement. Dans le domaine médical, elle a également une dimension éthique qui n’existe pas ailleurs : c’est une façon d’éviter que le patient se transforme en terrain d’expérimentation !

Mais elle est aussi bien plus que cela. L’utilisation de la simulation pousse à repenser totalement la pédagogie : il ne s’agit plus d’ingurgiter des savoirs théoriques, mais bien d’expérimenter une situation concrète, telle qu’elle se présente dans la vraie vie. La contrainte médicale est certes liée au processus et aux techniques, à l’ergonomie — le matériel —, mais elle l’est également aux performances individuelles et collectives. C’est une dimension dont on découvre toute la richesse à travers les simulations. La simulation n'est pas le seul moment d'enseignement où l'étudiant est confronté à la complexité des situations de soins : tutorat en stage, résolution de cas clinique avec un expert qui met à jour la complexité. Néanmoins, la simulation permet de l'approcher par l'action, et la rétroaction en débriefing. Car le temps du débriefing qui suit la simulation est un élément essentiel du processus d’apprentissage

 

Des enseignements bien au-delà du monde médical

Quant on travaille sur les situations d’urgence, il faut également prendre en compte le constat, qu’en zone d’incertitude, le raisonnement est rarement analytique.  Parmi les mots que l’on peut associer à l’urgence, imprévisibilité et stress occupent une place spéciale.

S’il est par nature impossible de préparer ou prévoir l’imprévisible, on peut en revanche s’y préparer. Et là, la stratégie de gestion à mettre en œuvre va dépendre de la probabilité d’occurrence des risques : travail sur des protocoles quand la fréquence de risque est faible — pour la rendre encore plus improbable, et “protéger” du stress les acteurs—, travail sur la capacité d’adaptation quand elle est élevée.  C’est dans ce dernier cas que la technique de la simulation est la plus efficace.

Quant au stress, comme le rappelait Nathalie Bouvier, attention à ne pas le confondre avec l’angoisse : l’un est associé au trop plein d’activités alors que la seconde questionne le sens. Répondre à l’angoisse en termes d’organisation du travail, comme on tente trop souvent de le faire en entreprise, est donc un contresens. Là encore, la spécificité des “situations d’urgences médicales”, qui bien souvent se jouent sur le fil entre la vie et la mort, met en évidence la complexité profonde de nos comportements. Et là encore, l’entreprise a probablement tout à gagner à intégrer ces paramètres.

 

Nous reviendrons de façon plus approfondie, en particulier dans un futur « Sept questions » auquel Morgan Jaffrelot a accepté de répondre, sur différents points évoqués au cours de cette soirée. 


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simon 23/03/2011 22:54



Bonsoir jakez,


Que de ressources méconnues en finistère ! :o)


je relève particulièrement cette phrase


"en zone d’incertitude, le raisonnement est rarement analytique"


voilà quelque chose que l'on tend trop facilement à oublier : comment agir dans un monde incertain.


Dans mon domaine de prédilection, le web, je pense que l'on a trop souvent le tort d'avoir des certitudes.


 


Question que j'espère voir abordée par JM Billaut vendredi 25 mars à l'Institut Locarn


ttp://goo.gl/ghcdZ


 


qui est à mon sens un élément central