Publié par J2-Reliance

3093744301_1_3_qnfiD0Y4.jpgDébut juin, la Grande-Bretagne était en liesse pour célébrer les 60 ans de règne de la reine Elisabeth : un jubilée de diamant qui a fait couler beaucoup d’encre et envahi les écrans de télévision du monde entier.

Et les commentaires d’aller bon train : célèbrerait-on le règne des paillettes ? Les fastes des Grands de ce monde qui s’étalent à la Une de la presse people n’auraient-ils pour seule fonction que de détourner nos esprits des vrais problèmes de société ?

Quelques jours après l’événement, j’en discutais avec un chef d’entreprise de ma connaissance. « Avec la royauté, les Britanniques ont un atout très fort ! », m’expliquait-il.

 

Donner du sens

Pas question ici de prendre parti pour un système politique ou un autre ! Nous sommes en fait sur un autre terrain. Dans un article du Figaro[1], deux spectatrices, venues spécialement du Pays de Galles pour assister aux réjouissances, mettaient le doigt sur la signification profonde de l’événement :

« Nous sommes britanniques avant tout […]. La reine représente la continuité de notre histoire et l'unité de notre pays […] ».

La reine est en effet un symbole avant d’être une personne. De ce fait, la signification de cet anniversaire dépasse de beaucoup les contingences et l’anecdotique de costumes chamarrés ou de défilés spectaculaires. La royauté britannique est présentée comme le principe de continuité qui, depuis des siècles, permet à ce pays de prendre du recul par rapport aux aléas, aux difficultés qu’il traverse. Tout comme la Constitution l’est pour les Etats-Unis, dans un autre registre politique. En France, nous venons de célébrer le 14 juillet. Si la prise de la Bastille ne peut pas vraiment être regardée comme un principe de continuité, l’événement commémoré est du moins symbolique — on sait que ce fait “militaire” n’a pas eu de portée réelle en 1789 — et marque ce qui se veut le début d’une nouvelle ère. Ces principes jouent un rôle fédérateur pour le corps social.

 

Quel principe de continuité pour une entreprise ?

Comment imaginer qu’il n’en soit pas de même pour un corps social, certes, d’une taille plus modeste, mais qui n’en est pas moins un groupe humain : l’entreprise ? Ici aussi, un ciment pour souder les personnes entre elles est un facteur indispensable. Souder l’équipe actuelle, mais la relier également à tous ceux qui, au fil du temps, ont apporté leur pierre à l’édifice. Une forme de solidarité à  travers le temps qui permet seule de se projeter dans le futur. 

Quel est le “principe de continuité” de l’entreprise ? Sa “mission”, sa “vocation” ? Une façon de faire — ou d’être — spécifique ? … Quoi qu’il en soit, sa caractéristique est de dépasser les simples chiffres du bilan que l’on établit tous les ans. C’est cette “raison d’être” qui inscrit l’entreprise dans la durée. Autant dire qu’elle n’a rien à voir avec un effet de mode. Elle ne correspond pas non plus à tel ou tel objectif stratégique. Car même si un objectif stratégique s’entend “à quelques années”, il n’est pas permanent : on peut — on doit — en changer pour s’adapter aux évolutions de l’environnement. Le “principe de continuité”, a contrario, est permanent : il contribue à assurer la stabilité de l’entreprise. Vouloir le modifier trop vite et sans précaution, c’est donc prendre le risque de déstabiliser l’entreprise.

 

La capacité d’adaptation

Il est source de fierté, y compris lorsque les temps sont difficiles. Il donne du sens à la trajectoire de l’entreprise. En s’appuyant sur son histoire, en mettant en évidence une cohérence au-delà des “bruits” qui brouille son interprétation au quotidien, en témoignant de sa permanence depuis sa création, ce principe de continuité offre un avenir possible et désirable à tous ceux qui se retrouvent au sein de cette “communauté”. Ce n’est pas une forme passéiste qui empêcherait toute évolution. Bien au contraire, c’est son existence même qui garantit la possibilité de cette évolution : car c’est lui qui “tient ensemble” et soude les membres de l’entreprise, permettant que celle-ci traverse le temps en s’adaptant aux bouleversements du monde.

 

L’histoire concrétise le sens

Car comme dans le cas d’un pays, la lecture de l’histoire de l’entreprise permet de faire émerger “son sens”, en l’illustrant au fil du temps. La mission de l’entreprise perd le caractère abstrait d’un simple énoncé pour devenir quelque chose de tangible : les preuves que cette mission est bien une étoile à laquelle chaque salarié peut accrocher son action quotidienne apparaissent au fil des choix qui ont été faits, de la façon dont on a réagi aux événements ou dont on les a anticipés, voire dans la trame de fond qui transparait sous de simples anecdotes. C'est une façon de concrétiser ce qui, sinon, pourrait apparaître comme une simple formule.

 

L’émotionnel y a sa part, comme il a sa part dans les fêtes du jubilée. Mais il n’est pas tout, on l’aura compris : donner du sens à ce que l’on fait est aussi une exigence de la raison ; dans l’entreprise comme ailleurs.  



[1] Numéro du 3 juin 2012

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