Publié par J2-Reliance

julod-copie-2.jpgConnaissez-vous les juloded ? Le mot breton “julod” — “juloded” au pluriel — se traduit en français par “nanti”. C’est ainsi qu’en Bretagne, et plus précisément en Léon, il y a fort longtemps de cela, on avait baptisé l’élite économique du pays. Faisons un retour sur image, quasiment jusqu’à ce Moyen Age que l’on relègue en général au fond… des oubliettes ! Certains s’imaginent peut-être qu’à cette époque, l’économie léonarde se résumait à de braves paysans cultivant la terre pour en consommer directement les fruits, et que les échanges marchands étaient inexistants ou peu s’en faut. Ce n’est pas tout à fait exact !

La seconde moitié du XVe siècle, voit en effet exploser une activité qui va fortement enrichir le pays, au point de laisser sa marque au cœur du paysage breton : dès le XVIe siècle, la multiplication des enclos paroissiaux avec leurs églises magnifiques et leurs calvaires monumentaux en sera une conséquence directe, les richesses accumulées profitant également à la communauté paroissiale, pour la plus grande gloire — terrestre au moins ! — de généreux donateurs.

 

Des débouchés internationaux

Ces généreux donateurs, ce sont les juloded, autrement dit les “marchands de toile”. Ils se sont investis dans une activité lucrative qui génère emplois et revenus sur l’ensemble du Léon : la confection des toiles de lin. Celles-ci vont en effet acquérir une réputation qui les fera s’exporter en Espagne, en Grande-Bretagne, dans les Flandres … et l’on finira même par les trouver au Pérou.

 

Une économie prospère

De la culture de la matière première à sa transformation, tissage inclus, les activités sont nombreuses. Dans les paroisses situées dans ce qu’on appelle « la ceinture dorée du Léon », une zone très fertile et proche de la Manche, on cultive le lin, on le rouit, on le file... Partout, on le tisse en des toiles de qualités diverses, aux applications différentes. Point d’usines, à l’époque : chacun travaille chez soi, souvent à façon, et trouve dans cette activité orchestrée par les juloded, un revenu apprécié.

Les juloded, à l’origine de simples paysans, vont ainsi s’enrichir progressivement, au point de finir globalement par abandonner tout travail de leurs mains. Une véritable caste se constitue, fière de sa réussite, âpre au gain et économe.

 

Chronique d’une mort annoncée

Pourtant, le monde bouge. En 1532, la Bretagne est devenue française. Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, la politique de Colbert commence à  mettre à mal la prospère industrie des toiles bretonnes qui connaît alors son apogée. Ajoutez à cela les guerres du règne de Louis XIV, puis la révolution française, enfin les guerres napoléoniennes : une succession d’évènements qui ruinent peu à peu ses débouchés internationaux. De fait, l’économie du lin régresse. Au point qu’au XIXe siècle, les préférences des consommateurs, qui optent maintenant pour le coton, finissent par en avoir raison.

 

Que deviennent les “nantis” ?

Pour autant, les juloded ne veulent pas changer quoi que ce soit à leur activité économique ni à leur mode de vie. S’adapter à ces transformations du monde qu’ils n’imaginaient pas ? Ils sont plus instruits que la plupart de leurs contemporains, ils en auraient donc la capacité. Comme impuissants devant cette décadence annoncée, ils repoussent l’échéance, et refusent de suivre l'air du termps. 

C'est un choix parfois courageux, quand au nom de leurs valeurs, sous la révolution française, ils refusent d’acheter les biens du clergé — quoiqu’ils en aient les moyens — laissant s’implanter une nouvelle élite, étrangère au pays, qui n’a pas ces scrupules. Mais plus globalement, leur immobilisme les conduira à perdre peu à peu leur position dominante à la tête du monde économique local. 

Tout se passe comme si la défense des valeurs qui sont les leurs, leur interdisait tout changement, comme s'ils confondaient “permanence des valeurs” et “permanence des modes d'action” !

Bientôt, beaucoup mangent leur patrimoine — vendant peu à peu leurs terres. Plus d’un sera montré du doigt alors, désœuvré, fainéantant sur les chemins dans son cabriolet, au lieu de travailler comme tout honnête homme… Si plusieurs optent pour des professions de notables — notaires, médecins voire commerçants —, globalement, ils finissent par déserter le terrain de la production économique.

 

Qui sont les nantis d’aujourd’hui ?

Crispés sur leurs acquis, refusant de voir que le monde changeait, que reste-t-il aujourd’hui de leur puissance économique et politique d’antan ?

Aujourd’hui, le monde bouge, le monde change… et de plus en plus vite : on ne compte plus en siècles, mais en décennies, voire en années. Et l’on peut se demander qui sont les nouveaux “nantis” qui, refusant de modifier leur mode de vie, seront incapables de s’adapter à la nouvelle donne.

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Commenter cet article

pbx system guru 20/10/2014 08:27

History has been always a fascination to me. Any incident can be overlooked from different angles, from different viewpoints, which will part entirely a different meaning and we would find it hard to take the right sides.

Jacques ARNOL-STEPHAN 20/10/2014 18:55

Thank you for your comment. You're perfectly right. History is a matter of interpretation. Maybe there is no right side ! But it is also a very interesting way of understanding our present. even misinterpretation are full of meaning. This is true for History with a capital H as well as, for instance, for history of a given business. It is a very valuable way for understanding a company's culture.