Publié par J2-Reliance

tempete-236134L’autorité, qu’est-ce que c’est que ce vieux machin ? Voilà des décennies que le mot a été rangé dans le grenier poussiéreux où l’on relègue les vieilles idées dépassées : l’autorité, n’est-ce pas ce contremaître démodé qu’on croisait au début du XXe siècle dans des usines grises, engoncé dans un habit trop juste à l’odeur de naphtaline, ses bésicles coincées sur le bout du nez et son air perpétuellement désapprobateur ? Ne cachait-il pas, d’ailleurs, une cravache derrière son dos ? Car l’autorité a des relents d’autoritarisme, n’est-ce pas ?

Des fonctions plus gratifiantes

En même temps que les penseurs du management se débarrassaient des fonctions d’autorité, ils mettaient en exergue la fonction d’animation que doit assumer tout cadre digne de ce nom. Animation d’équipe mais également entrainement spécifique de chacun de ses membres, en prônant le rôle de manager-coach.

Bien des patrons d’entreprise, bien des responsables de service, ont endossé ces nouveaux habits. Et d’autant plus volontiers que cela paraissait, à juste titre, plus gratifiant.

L’efficacité collective est au cœur

La dimension d’animation d’équipe a pris toute sa place avec les résultats des recherches sur l’efficacité collective. On est revenu depuis longtemps des procédés purement tayloriens et d’une forme de division du travail trop stricte, dans des bulles étanches, qui ne permet pas de tirer profit de la dynamique de groupe… voire qui génère, à terme, sitôt que le système fonctionne de manière autonome, la multiplication des doublons et le recouvrement des responsabilités : une certaine cacophonie tout à fait contreproductive.

Le mythe du manager-coach

La dimension du manager-coach est plus difficile à appréhender. Le manager-coach se doit d’être à l’écoute directe de chacun des membres de son équipe : il encourage, il conseille, il recueille les états d’âme et les difficultés.

Indépendamment du fait que le métier de coach ne s’improvise pas, quand on sait à quel point son exercice repose sur une confiance réciproque totale on peut se demander si “le patron” est le mieux placé pour s’y atteler. Car la confiance suppose l’absence de jugement : un “coaché” peut d’autant plus faire confiance à son coach que celui-ci n’est pas là pour le juger mais seulement pour l’aider. Ce n’est pas le cas d’un patron — patron d’entreprise ou responsable d’équipe — qui doit nécessairement juger pour sanctionner : son collaborateur mérite-t-il une augmentation ? Remplit-il correctement sa mission, ou, au final, n’a-t-on pas fait une erreur de casting en l’embauchant ?

Les fonctions d’autorité : le retour !

Et c’est là que l’on revient, qu’on le veuille ou non, à ces fameuses fonctions d’autorité qu’on avait rangées au placard. Et si l’autorité n’était pas ce qu’on croit ? Le mot lui-même vient du latin auctoritas, qui signifie augmenter. Loin de l’autoritarisme — qui n’est que l’autorité apparente de ceux qui n’ont pas d’autorité réelle — , l’autorité permet donc de faire grandir. Elle est le fait d’un responsable dont la mission essentielle consiste à faire parvenir son entreprise à bon port, dans le beau temps comme dans la tempête.

La tempête, c’est ce que nous connaissons aujourd’hui. Empêcher le bateau de se fracasser sur les écueils qui jalonnent sa progression, tracer la route qui permet de tirer le meilleur parti du vent et de la mer, organiser l’équipage pour qu’il donne le meilleur de lui-même, recadrer l’un de ses membres s’il se fourvoie… : dans l’entreprise comme en navigation, le rôle du skipper-entrepreneur nécessite une véritable autorité, appuyée sur la compétence, sur le charisme, mais aussi simplement sur la fonction. La contrepartie de cette autorité sera la confiance que lui accordera en retour son équipe : car le juste exercice de l’autorité rassure. Et rassurer est particulièrement important dans le contexte d’incertitude actuel.

L’autorité, ça s’apprend

Serions-nous alors condamné à renoncer à nos fonctions de patron ou de manager si nous n’avons pas cette “autorité naturelle” que l’on reconnaît à certains leaders ? Heureusement, non, car l’exercice de l’autorité, cela s’apprend. Pas dans les livres, encore que la lecture de certains classiques comme les Dialogues sur le commandement d’André Maurois ne puisse pas nuire. Mais en appuyant sa pratique de terrain par un accompagnement et des formations adaptées, on peut vite se sentir plus à l'aise et se perfectionner. A condition de redonner au mot ses lettres de noblesse, et de dépasser les tabous de notre modernité bien-pensante.

Alors, réjouissons-nous, l'autorité revient à l’honneur dans les fonctions qui en nécessitent ! Le numéro de décembre de Sciences humaines [1] lui est d’ailleurs consacré.

 

[1] « Famille, école, travail… Autorité : les nouvelles règles du jeu »

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