Publié par Jacques Arnol-Stephan

Janus.jpgIl est des mots dont le sens s’est dévoyé, et qui, en perdant ainsi de leur légitimité, ont fini par porter ombrage à la réalité même qu’ils recouvraient. Lorsque l’on dit d’un expert “qu’il fait autorité dans son domaine”, le qualificatif est particulièrement élogieux. Mais lorsqu’on explique d’un manager “qu’il a de l’autorité”, on ne sait généralement pas trop comment l’interpréter : l’expression est ambiguë. Le mot autorité, comme Janus, est aujourd’hui à double face. C’est un paradoxe mis en lumière par les participants à une table ronde que j’animais à Paris, au Théâtre des Variétés, le 15 avril dernier, devant un parterre attentifs de Directeurs des Ressources humaines venus célébrer les 15 ans de “leur” école, Sup des RH. Au menu de cet anniversaire, deux angles d’approche pour aborder le management : la confiance — suivait en effet une conférence de Hervé Serieyx sur le sujet — et l’autorité.

 

Un paradoxe pour le management

Moins on travaille sur l’autorité, plus on amplifie cet effet Janus. Car ceux qui s’en saisissent pour exiger que “l’on respecte leur autorité” en renforcent le côté sombre : c’est souvent parce qu’ils n’ont pas de légitimité réelle qu’ils se réfugient dans l’argument d’autorité, la seule façon pour eux d’espérer se faire obéir. En fait d’autorité, on bascule dans l’autoritarisme, bien éloigné de la véritable autorité, dont la fonction majeure est de “faire grandir”.

Cette vraie autorité est nécessaire, aujourd’hui peut-être encore plus qu’hier. C’est du moins l’avis commun des participants à cette table ronde, qui réunissait, autour de moi, la DRH Europe d’un grand tour-operator, une élève de dernière année de Sup des RH et un intervenant de l’école, ancien colonel devenu directeur d’une troupe de théâtre amateur. A travers ces perceptions différentes et complémentaires de ce que signifie dans la pratique “l’autorité”, l’idée s’est imposée que la bonne question n’est pas “peut-on encore manager avec autorité”, mais “peut-on manager sans autorité ?”. L’autorité est nécessaire pour poser un cadre, rassurer, faire grandir. Si l’on veut manager par la confiance, il est indispensable de structurer. Or l’autorité et son exercice bien compris permettent seuls d’assurer la justice au sein des équipes, de donner la garantie du respect des règles, voire dans les cas extrêmes — malheureusement encore trop fréquents — de garantir contre tout harcèlement moral. C’est ce qui a permis à Hervé Serieyx de débuter sa conférence en soulignant qu’il se sentait en phase avec les conclusions de notre table ronde.

 

L’autorité est-elle soluble dans la confiance ?

Car parmi ses dix clés pour “manager par la confiance”, six ont un rapport avec cette fonction d’autorité : donner un cap, assurer la cohérence entre ce cap et les actions mises en œuvre, animer la coopération au sein de l’entreprise, être garant du respect du “contrat social”, assurer des repères fixes pour permettre l’adaptation au changement, et, least but not last, avoir du courage, l’un des attributs majeurs de l’autorité. Contrairement à un préjugé tenace, l’autorité n’est pas soluble dans la confiance : elle en est au contraire la condition.

 

Pour un exercice exigeant et décomplexé de l’autorité

Or, si l’on reconnaît l’expertise, le rôle d’animateur du cadre, on reconnaît beaucoup moins la dimension “autorité” de sa fonction, et on le forme bien moins à l’exercer. C’est pourtant une dimension exigeante, qui impose plus de devoirs qu’elle ne donne de droits : exigence d’exemplarité, d’engagement, de rectitude et d’écoute. Il est temps de remettre cette dimension à l’honneur et de la renforcer chez les managers. Dans la tempête économique que nous traversons, l’exercice décomplexé d’une autorité bien comprise est en effet un facteur essentiel pour parvenir à bon port.

 

Voir également notre article Management et autorité

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konhon 07/04/2016 07:29

merci