Publié par J2-Reliance

Shadock-reflechi.jpgChanger de modèle

L’époque est aux remises en cause. Les derniers coups de projecteur de l’actualité mettent en évidence la fragilité de notre société — particulièrement en France : manifestation de la communauté chinoise parisienne qui ne supporte plus les agressions dont elle est l’objet… et à laquelle l’institution ne sait trop comment répondre ; climat politique délétère ; faillite morale d’une équipe de football récemment encore idolâtrée sans doute plus que de raison... Les belles certitudes se lézardent et le mouvement semble s’accélérer.

Quand le modèle ne semble plus porteur d’espoir et de mieux-être, quand le mythe du progrès paraît caduc aux plus optimistes, quand les faits viennent contredire les déclarations d’intention, nos repères disparaissent.

« Des logiques contradictoires […] travaillent notre société en profondeur », expliquaient déjà les sociologues Michel Kokoreff et Jacques Rodriguez il y a cinq ans de cela (1). L’incertitude vient de la mise à mal des valeurs traditionnelles — travail et Etat-nation structuraient à la fois la vie des individus et leurs représentations — mais aussi de la complexité croissante dans laquelle nous sommes enserrés, fortement liée à l’explosion de l’information.

Contrairement à toute attente, cette profusion d’information rend de plus en plus de situations indécidables. Notre logique cartésienne ne s’y retrouve plus. Quoi ? Les mêmes causes ne seraient plus susceptibles de produire les mêmes effets ? Comment gérer des hypothèses qui se multiplient avec le nombre des acteurs, se télescopent et jouent en sens contraire ? Comment apprécier leur combinaison et leurs conséquences sur les autres pièces du puzzle ? Le futur semble encore plus insaisissable, encore moins maîtrisable. Les risques semblent se multiplier de façon exponentielle, alors que c’est d’abord notre perception qui a changé.

Mais cette illusion d’optique génère la peur, la procrastination, l’immobilisme : un état d’esprit individuel et collectif, une tétanisation de la société, qui ne permet plus de réagir sainement aux événements. C’est l’invention du principe de précaution qui paralyse toute action, aux antipodes de la saine analyse de risque qui permet au contraire d’agir avec sagesse et réflexion.

Que ce soit à l’échelle individuelle, à celle d’un petit collectif humain — entreprise ou commune —, ou de la société plus largement, nous sommes donc emprisonnés dans l’instant présent où nous tournons en rond. A l’image de Merlin l’Enchanteur, dans le vieux mythe celtique, enfermé par la fée Viviane dans un cercle magique, nous perdons le contact avec le monde, la capacité de parer les coups comme celle de saisir les opportunités.

 

L’histoire pour redonner du sens

Il nous faut sortir de notre bulle, redonner un sens à notre action — action individuelle, action collective. "Le temps met tout en lumière" écrivait le philosophe Thalès. Regarder son histoire — et celle des autres — pour savoir d’où l’on vient : il ne s’agit pas de se réfugier dans un passé idéalisé, non plus que d’y chercher des réponses immédiates à des questions d’aujourd’hui, même s’il est vrai que “celui qui ne se souvient pas de l’Histoire est condamné à la répéter”, comme l’écrivait le philosophe Georges Santayana. Mais d’y redécouvrir qui nous sommes, et d’y prendre nos “marques” pour écrire l’avenir. “Conjuguer notre histoire au futur”, dans tous les sens du verbe conjuguer. D’autant qu’il ne peut s’agir d’une histoire écrite une fois pour toute. “Au Pays des Merveilles, Alice s’apitoyait sur la mémoire qui ne fonctionne qu’à reculons, ne retient que le passé. L’histoire, elle, aide parfois à se remémorer l’avenir.” écrit l’historien Michel Heller.

 

Alors, si on s’y mettait ? “Ecrire” aujourd’hui notre histoire n’est-ce pas une façon de retisser des liens, de retrouver ces valeurs communes qui font défaut, bref, de se redonner un élan vers demain ?

 

(1) Sciences humaines n°50

 

 

 

 

 

 

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Emma 18/12/2014 10:52

Action individuelle, redonner du sens : ce sont des questions que l'on se pose aussi quand on est entrepreneur. Comment concilier vie professionnelle avec ces idées lorsque l'on est plombier ? Il faut des idées larges mais parfois on exerce un métier qui ne permet pas totalement de s'exprimer. L'argent redevient alors rapidement un moyen de se distinguer...

Jacques Arnol-Stephan 16/01/2015 12:17

Merci pour votre commentaire, et nos excuses pour sa publication tardive due à une absence de notification du serveur !
“L'argent redevient alors un moyen de se distinguer“… Est-ce le seul ? Je connais des plombier fiers — à juste titre — de leur métier et de la façon dont ils l'exercent. Au mieux, l'argent est un carburant, il n'est jamais un moteur. Ou alors, il est un symptôme…